Le grand débarras/embarras du vivant | Camille Henrot

Nous sommes revenus de tout. On nous avait appris à bien ranger nos chambres, à conquérir la nature offerte et menaçante, l’espace, nos corps… et le temps lui-même. Pourtant, toutes les aventures s’égalent, les efforts se valent et finalement nous revenons de tout, la queue entre les jambes…

Henrot

De ce tout sauvage rendu à l’ordre de la basse cour, Camille Henrot en a aussi fait le tour. A Bétonsalon, elle présente l’embarrassant constat: la chambre est calme mais dérangée, chaque conquête échoue dans les brocantes du savoir, l’espace est rétréci à force de temps-réel et nos corps, à la mécanique fragile, errent comme des serpents télécommandés ou des poulets sans têtes.

Malgré quelques moments de lassitude – la fatigue – Camille Henrot tient le choc face au constat. Face aux grandes épopées débraillées de la modernité, Camille est à la fois un peu Pénélope et un peu Ulysse. En tant qu’artiste, elle assume cette nature hybride.

20141004_191310 20141004_191614  20141004_191427

Elle peut visiter librement les laboratoires et les universités comme un responsable des encombrants circule parmi les meubles délaissés. La ruse de l’artiste lui permet de s’infiltrer dans le monde sans s’y abandonner totalement, au-delà des grilles (grillages) de lecture.

Revenue de tout, résistant au slogan du cynisme et aux prétéritions des euphories, l’artiste revient et chaparde le réel à défaut d’éclairer une voie utopique.

Les efforts de la science à faire tenir les meubles de la connaissance debout sont apparemment vains. Camille Henrot pose ici une étagère et voyez: rien n’y tient vraiment. Tout circule, tout bascule, tout s’accumule. On recycle bien sûr. On retient l’essentiel (quelques gestes, les monades de Leibniz, des souvenirs…) Mais les oeufs sont dans le même panier et les porcs de Circé empêtrés dans la boue de l’actualité. Disons, que sous le bleu uni du ciel (les couleurs du salon de l’artiste, on s’épuise autant que l’on « épuise le champ du possible« .

20141004_191535

Les bras chargés par les reliques de son odyssée dans les antichambres du savoir, Camille Henrot se déleste en quelques gestes simples de collectionneur blasé: quelques mouvements calligraphiques, des collages de feuilles de journaux, le dépôt d’archives pèle-mêle et ses propres sculptures. « Le sujet principal de l’installation The Pale Fox est celui de la curiosité maladive, cette envie irrépressible d’agir sur les choses, de poursuivre des buts, de réaliser des actions dont les conséquences finissent par immanquablement par se retourner contre leur auteur », explique-t-elle.

Sous le fatras qui déborde, les taxonomies et les indexations qui croulent sous le poids des accumulations, l’artiste fouine et trouve les figures qui lui ressemblent et qui la guideront.

Dans la cage ouverte de la galerie de Bétonsalon, c’est un renard, un goupil à peine visible, the Pale Fox, qui incarne la metis de l’artiste. Son intervention sauve l’artiste de l’odyssée de trop. Il agace suffisamment le public (poule mouillée ou coq en pâte face à l’effort scientifique) pour le pousser à une chasse dérisoire mais radicalement distrayante hors des grands récits de l’histoire.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s