Niki de Saint-Phalle et l’esprit de la piñata

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Pour que vivre soit possible, arrive le temps où il faut éclater, où il faut que cela sorte. « Cela », ce qui condense ce que chacun d’entre nous est, ne s’exprime pas facilement. « Cela » exige souvent que l’on se fasse violence. Il faut y mettre les formes, comme on dit, pour faire comprendre « cela ».
Quand une violence extérieure intervient dans ce processus fragile, le pire est à craindre. Faire éclater cela au grand jour devient un impératif; se libérer est une urgence vitale.

Niki de Saint-Phalle a connu cette urgence.

Une impressionnante rétrospective de son oeuvre a lieu au Grand Palais où sont donnés à voir les moyens de la libération phénoménale de cette femme et de sa vision de la féminité.

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Le mode de libération de Niki de Saint-Phalle est celui de l’explosion. « J’avais, sur le plan psychique, tout ce qu’il faut pour devenir une terroriste« , affirma-t-elle.  Ce n’est pourtant pas cette forme de violence qu’elle déclencha. Avec détermination, elle inventa la possibilité de faire éclater sa violence intérieure et mieux, d’en recueillir les fruits.

Niki de Saint-Phalle produit une violence fertile, une variation de l’accouchement assumée. La couleur et la matière deviennent le territoire d’une guerre secrète mais visible par tous. L’art de Niki de Saint-Phalle est celui de l’acharnement. C’est ce geste acharné, loin du corps réel, du charnel, mais sans relâche, qui nourrit et libère les formes.

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La sculpteuse connaissait bien le Mexique et sa culture. On peut retrouver des traces de cette influence dans toute son oeuvre. C’est ici qu’il est possible possible de puiser une lecture de son art plus vaste encore. L’acharnement de Niki de Saint-Phalle ressemble à celui des enfants qui frappent la Piñata.

La piñata est un récipient qui peut prendre la forme d’une figurine ou de tout autre objet et que l’on remplit de sucreries et de jouets. Une succession d’enfants, les yeux bandés, armés d’un bâton essayent de casser la piñata afin de récupérer les sucreries cachées à l’intérieur.
La piñata est faite à partir de matériaux facilement cassables, tels que la paille, du papier mâché, ou de l’argile. Traditionnellement, elle est faite avec une forme humaine ou animale

La maïeutique vitale, spontanée, de Niki de Saint-Phalle, est là. Elle fabrique des piñatas d’un autre ordre, qui explosent sous ses coups, ses tirs, ses explosions intérieures, et qui une fois éventrées dans la foire du monde (parmi les masques et le foutoir fantasmatique de chacun), délivrent leurs bonbons. Les sucreries ici sont les couleurs et les formes nécessaires pour que le monde goûtent la libération rageuse de l’artiste, et son impact sur la perception de la féminité.

Une seule différence avec les enfants: Niki a les yeux grands ouverts quand elle frappe.

 

 

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Pour une lecture plus biographique lire: Moderne Saint-Phalle

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