La crise de la dimension / Estefania Peñafiel Loiaza

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L’espace est célébré. L’espace est un mythe pour les mythes.
L’espace est une espèce en permanente voie d’apparition. Il suffit de relire Georges Pérec pour s’assurer de cette évidence.
La dimension souffre de la comparaison. Elle est un attribut de l’espace. Elle est trop souvent calcul et mesure pour prendre de l’ampleur. Elle n’est pas à conquérir, elle se démultiplie sans laisser de trace. Elle reste équation quand l’espace est inspiration.

Unique, elle n’est que potentielle. A deux, elle porte le plan où l’espace garde toute sa force d’illusion. A trois elle s’offre à l’espace. A quatre, elle dérive, amuse ou intrigue.
Et pourtant, la dimension nous manque. Dans un court texte de son ouvrage Ecuador, Henri Michaux en fait le constat et expose en quelques mots les inquiétudes issues de notre rapport à la dimension.

Dans une vidéo exposée actuellement dans la Galerie 22.48m², Estefania Peñafiel Loiaza revient sur le sujet en remuant le doigt dans la plaie conceptuelle de la dimension. Car ce sont les mots qui assument ici l’écart entre la condition humaine et l’espace. Les mots écrits, les traces intelligibles de notre passage, voilà l’illusoire compensation. « Un mal », insiste même Michaux sur la page 35 d’Ecuador dans la collection « Tel Quel ».

C’est ici que Peñafiel Loaiza intervient. Estafania est une artiste vénézuelienne bien de son temps, et de son espace… Le monde est son échelle, elle appartient à une génération où la science est capable de trouver des exo-planètes aux confins du cosmos, et elle perçoit la fragilité de la présence humaine.

« Non, je l’ai déjà dit ailleurs. Cette terre est rincée de son exotisme. Si dans cent ans, nous n’avons pas obtenu d’être en relation avec une autre planète (mais nous y arriverons) l’humanité est perdue. (Ou alors l’intérieur de la terre ?) Il n’y a plus moyen de vivre, nous éclatons, nous faisons la guerre, nous faisons tout mal, nous n’en pouvons plus de rester sur cette écorce. Nous souffrons mortellement ; de la dimension, de l’avenir de la dimension dont nous sommes privés, maintenant que nous avons fait à satiété le tour de la terre. », écrit Michaux avant de remettre une couche plus bas sur « le mal qu’apporta l’imprimerie: le noir. Ah le noir dans l’époque moderne! »

Estefania Peñafiel Loiaza répond par trois gestes:

Elle efface ce texte (et donc ce « noir » de l’encre imprimée sur la page du livre, à l’aide d’une colle ou d’un acide sur ses doigts).
Elle filme la scène (une vidéo simple cadrée sur le livre  mis en biais et sa main).
Elle diffuse l’enregistrement à l’envers.

La crise de la dimension n’est pas résolue pour autant. Mais si nous avons fait le tour du sujet (celui qui découvre et le touriste), reste tout de même un sujet, dont la main noircie par les erreurs et les mots garde toute sa prégnance. Ce sujet actualise ses illusions (l’exotisme rincé revient ici au petit tour de magie de la vidéo), pourquoi ne pourrait-il pas reprendre la main sur son rapport à la dimension ? Pourquoi n’ouvrirait-il pas d’autres espaces entre les mots et les exo-planètes ?

 

 

 

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