Le tunnel (par ici la sortie) | EXIT

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Sur la place ultra-bétonnée de l’Hôtel de Ville de Créteil, des skateboarders concentrés glissent et tombent sur des lignes ondulées peintes en bleu sur le sol.

Trois sorties possibles: l’immense centre commercial où la ville entière semble circuler de magasin en magasin, la Seine en contre-bas qui s’enroule autour de quelques arbres décoratifs, et plusieurs portes vitrées sous un panneau: EXIT.

Sortir pour entrer, cela commence comme ça. On nous promet de se mouvoir entre le plus petit et le plus grand et de reconsidérer notre perception. Un couloir à dimension variable s’ouvre devant, ou plutôt un tunnel improbable, animé par des visions insaisissables.La carte du coin à l’entrée date de 2050, il va falloir s’adapter…

L’illusion jubilante et l‘illusion hypnotique

Pour ne pas s’égarer on peut s’accrocher à la médiation, permanente et de qualité, ou suivre quelques fils rouges, disons des ficelles de vieux briscard des arts visuels et du spectacle vivant. Philippe Découflé et ses “Opticons” tracent la première piste. L’illusion, loin des spéculations technologiques est une astuce antique. Il suffit de les mettre au goût du jour. Les visiteurs ne s’y trompent pas, ou s’y trompent avec plaisir. On retrouvera cette approche ludique plusieurs fois dans cette exposition décidément bien rythmée: quand le corps devient le spectacle, il retrouve les grosse têtes du carnaval, ses gestes décomposés sur un écran et le visiteur compose lui-même son spectacle, et il produit même, au contact d’autres visiteurs mais sans chaussure, des sons dignes de dialogue d’Iron Man.

Dans les salles obscures du Festival Exit, qui propose une série de spectacles en parallèle à l’expo Micro Macro, l’illusion cède aussi à une nouvelle réalité possible, qui assimile. Dans le tunnel, bien des expériences inédites sont permises et les imaginaires collectifs s’hybrident à leur tour. La turbine hypnotique du Cycl de Candas Sisma et les perspectives théatrales d’Onion Skin absorbent le visiteur jusqu’à la lassitude. On devine qu’un artiste s’emparera rapidement d’un casque Oculus relié à Facebook pour parachever les effets d’immersion totale…

Compositions audiovisuelles dans l’espace

La visite ne se réduit pourtant pas à cette fascination, souvent facile, pour la lumière artificielle. Il s’agit aussi de composer avec. De s’y mesurer. Il y a le cinéma microscopique et ironique des Micro Events qui donne le premier écart et surtout l’Oscillating Continuum de Ryoichi Kurokawa. Cette pièce favorise toutes les hybridations entre livre ouvert, sculpture et écran, est une balise forte dans l’exposition qui répond au Cycl de Candas Sisman. La fascination provient en partie des procédés hypnotiques (lumière forte, répétition) mais également la présentation d’une logique d’un autre ordre qui espère l’interaction sans la proposer, et génère un recueillement collectif physique étonnant digne d’une performance low-fi (voir les photographies de l’installation pendant l’exposition: cela marche très bien couple, les deux individus regardant vers le bas le visage éclairé par un des deux écrans, ou même en groupe, ou la sculpture audiovisuelle prend toute sa dimension de borne).

Savoir se localiser

Pour éviter tout avachissement, malgré les deux poufs géants qui ont englouti bien des visiteurs, les travaux d’Alain Josseau et ceux de Heather Dewey-Hagborg notamment, sont autant de pauses dans le tunnel. Nous ne sommes pas dans le grand collisionneur du Cern, et il n’est pas question de fusionner avec la première machine qui passe, du moins pas pour l’instant. Le travail d’Alain Josseau est un travail critique à partir de la démarche artistique. Comment continuer à penser et prendre des décisions dans un environnement où la représentation du monde est certes plus rapide, mais pas forcément adaptée à toutes les situations. Du trouble de la simple aquarelle géante, cartographique et répétitive, au tragique aveuglement de la guerre chirurgicale, Alain Josseau propose un geste salutaire: soumettre la perception et la pensée à l’exigence de la localisation.

Surprenants dripping sonores et visuels

En contre-point, plus tard dans l’exposition, les reconstitutions génétiques de Heather Dewey-Hagborg marquent aussi la nécessité de donner une forme intelligible aux data.
L’Américaine présente une vidéo puis quelques masques au-dessus de petites installations à hauteur de visage proposant une simple photo et l’objet (des mégots) à partir duquel un échantillon génétique à été prélevé afin de fournir une fiche succincte mais assez précise sur l’origine de la personne? Moment pédagogique qui frappera après-coup les imaginations, une fois oubliés le charabia industriel des appareils ménagers de Boris Petriovsky, le kitsch kaléidoscopique de l’Hexaboîte de Decouflé ou encore l’inquiétant “dripping” sonore de chiens en peluche de la Belge Kris Verdonck.

Après Maubeuge et Créteil, le tunnel prolonge son parcours à Lille 3000, de mai à Septembre. On observera avec attention ses ramifications souterraines ou à l’air libre jusqu’à la sortie 2015 du Festival Exit.

A voir ou lire aussi:
https://www.flickr.com/photos/quentinchevrier/sets/72157643314192093/

http://carineclaudenews.wordpress.com/2014/04/02/festivals-via-et-exit-2014-lachez-le-pixel/

http://www.mediaartdesign.net/blog/?p=291

http://www.digitalarti.com/blog/digitalarti_mag/video_exit_festival_from_micro_to_macro

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