“Music in a corner” | ROLF JULIUS chez Galerie Thomas Bernard

La petite musique en toile de fond

Le parquet craque un peu, on entend les voix des visiteurs, et puis leurs genoux peut-être qui craquent à leur tour en se penchant vers le sol. Ensuite, il y a cet environnement sonore qui tisse discrètement sa toile dans l’espace de la Galerie Thomas Bernard. On y entre sans le savoir, attiré par des petites ventouses collées à même la vitre de la fenêtre.

Des capteurs de l’activité de la rue ? Dans cette première salle, la rue n’entre pas, la rue s’atténue. On remarque à peine cette tige de métal rouillée, ces sachets de papier dans lequel les Américains camouflent leurs boissons alcoolisées, un cercle de métal lui aussi rongé par la rouille. Ce ne sont pas des capteurs sur la fenêtre, ce sont des haut-parleurs. Tous les objets de l’exposition sont le support des petits haut-parleurs qui diffusent une musique sobre, discrète comme un son. Un monsieur très grand se replie sur lui-même pour s’agenouiller et prêter son oreille au cercle de métal au sol. Je me baisse et fouille du regard les deux sachets remplis de morceaux de peinture ou de mur où sont déposés deux petits haut-parleurs.

Capter l’attention

La toile sonore s’agrandit dans la seconde salle où sont suspendus deux haut-parleurs tournés vers le haut, devenus réceptacles pour les grammes de pigment pur rouge que les vibrations sonores animent. Le pigment est déposé ici comme la lie d’un vin sonore ou un résidu artificiel sur leurs plateaux bleuté. C’est la ruse amicale d’un artiste qui ne dévore pas l’oeil des visiteurs mais exigent d’eux une démarche particulière : mettre son corps en position de réception d’un signal. Ainsi baliser l’espace du lieu d’exposition revient à canaliser une attention (presque) sans objet, à capter une quasi méditation.

Une des partitions de Rolf Julius, exposée dans la seconde salle de la galerie, présente des séries de points à l’encre. L’activation de cette partition a été réalisée à quelques reprises, dont une fois par Joan La Barbara. Voilà le geste ultime du visiteur qui rencontre les paysages sonores de Rolf Julius : interpréter avec précision sa propre musique intérieure.

Article publié sur le site internet de la revue Point Contemporain : Music in a corner

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